Ou presque
“On déménage à Rome”,
m’ont dit mes parents quand j’avais 9 ans.
Pour moi, Rome, c’était
là d’où venaient les cloches de Pâques
et “ils sont fous ces Romains”
dans les albums d’Astérix.
J’étais surtout triste de quitter
mon école et mes copains.
Mais je m’y suis fait, adoptant
la valeur culturelle comme substitut
aux amitiés d’enfance.
Un jour, à la fin d’une visite
de la basilique Saint-Pierre,
j’ai aperçu entre deux portes,
sur le côté, quelque chose d’encore plus beau
que toutes les splendeurs admirées jusque-là.
Je me suis approché, contre l’avis
de mes parents qui en avaient assez.
Ce qui la distingait, cette sculpture,
je serais bien en peine de le décrire :
elle vivait, tout simplement.
Une femme triste.
Un homme gisant.
J’étais ému.
Je n’avais pas appris l’histoire de l’art.
Je ne connaissais pas encore
les autres oeuvres du sculpteur.
Je n’avais eu besoin d’aucun code,
d’aucun enseignement,
pour être attiré davantage,
au sein de tous les marbres de l’Église,
par la Pietà de Michelange.
C’est ce qui me fait croire,
aujourd’hui encore,
en l’existence du beau
en dehors et avant
toute construction culturelle.
10/3/2026