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Gravité planétaire

Les dieux et la diarrhée, c'est ce à quoi
l'Inde chaque fois me fait réfléchir
— et ce n'est pas un paradoxe.

Aux deux s'oppose l'arrogance
de se penser autonome, individu
pourvu de contrôle et connaissance de soi,

plutôt que molécules parmi d'autres,
vaisseau capable de grands desseins
mais en tant qu'organisme organique

participant d'immenses marées.

18/1/2026

Expérience et sentiment

La foi, c'est l'expérience,

non celle qui s'accumule,
celle-là qui se fait.

Non celle qui se possède,
celle-là qui se fait.

Non l'une que l'on peut faire,
celle-là qui se fait.

Qui est plus facile à faire avec autrui,
mais comme bon vous semble.

Comme bon vous semble,
c'est d'ailleurs la seule règle.

Comme bon vous semble pourvu
que l'expérience vous satisfasse

et votre sentiment du divin.

16/1/2026

Le rapport entre expérience et concept

Entre le concept de couverture
et la chaleur d'une couverture,
le premier existe en tant que concept,
la seconde en tant qu'expérience.

Le concept de Dieu est plus compliqué
que celui d'une couverture,
mais enfin, cela se tente, serait-ce
"l'unique inconceptualisable".

Les expériences de la divinité sont nombreuses.

Le rapport entre expérience et concept
demeure un questionnement.
Le concept n'était pas la seule
forme d'abstraction possible.

Un Dieu abstrait, concevable par l'intellect :
c'est ce que réfute l'athéisme.
Ou bien une certaine pratique.

C'est pourquoi l'Inde inclut l'athéisme
dans son infinité de pratiques diverses
participant à définir le divin :
une haute idée de l'humain,
ainsi qu'une insuffisance du concept.
Et toujours l'option d'une nouvelle pratique.

C'est pourquoi l'Europe a pu séparer
le divin et le religieux, pour le meilleur
(divin sans religieux) et le pire
(religieux sans divin)
depuis quelques siècles.

Reste toutefois la question du rapport
entre expérience et concept :

Les philosophies orientales ont de commun
d'exclure une sagesse purement conceptuelle
non confirmée par l'expérience du sage.

Les philosophies occidentales se satisfont
d'un statut de fonctionnaire de l'éducation
relativement désincarné.

Ce qui n'empêche qu'elles questionnent toutes
le rapport entre expérience et concept.

Croire en la réalité expérientielle du concept,
c'est acte de foi dans l'idéalisme platonicien (chrétien),
erreur de foi dans le bouddhisme,
illusion source de souffrance.

Et le langage, comme le sexe,
n'a pas de valeur morale en soi :
tout dépend de l'usage et du contexte.

14/1/2026

Voyage voyage

Il s'agit de transporter mon corps
jusqu'en Inde septentrionale.
Vous disposez de 24 heures.

Cependant, ne changent ni mon attente,
celle de retrouver ma fille, ni mon travail
tout intérieur. Depuis cinq ans, depuis trois ans,
ce roman, cet enfant m'occupent.
Ni mon corps ni le temps n'y font guère.

Peu m'importe d'être arrivé
en avance à l'aéroport, en avance
au point de prolonger ce poème
artificiellement.

13/1/2026

Nuage

Inspiration. Expiration.
Ça va                    si vite
qu'il vaut             mieux
retenir sa respiration.

12/1/2026

Relationnel

En imaginant que l'humain soit
une évolution de l'éponge
remplie puis vidée par un fluide animé,

quelle relation personnelle aurais-je
avec cet océan premier-
-èrement mû par planètes ?

10/1/2026

Train, train

Après une rencontre romantique en train,
j'avais rêvé de douceurs réitérées
toute une nuit, toutes les dix minutes.

Or, je viens de m'en rendre compte pendant ma sieste :
grâce à la ligne 10 du métro parisien,
l'on entend aussi de chez moi le bruit du train.

8/1/2026

À l'inconnue du TGV 8814

Je dois l'avouer, je vous avais vue
dans une Audi sombre avec votre père
sans doute, sur le parking de la gare.
J'avais senti votre regard sur moi,
entraperçu un profil de brune à mon goût.

Vous l'avez avoué, vous m'aviez remarqué
sur le quai où nous attendîmes 40 minutes
par un froid peu angevin : mon chien whippet pleurait,
déjà vous le plaigniez. Nous étions faits

pour nous asseoir côte à côté, grâce à un chat
qui m'interdit ma place numérotée
tandis que d'un sousire vous m'accueilliez.
Conversation. Chaleureuse. Je m'attache
à vous deviner : "ma directrice", dites-vous.
D'école ou de prison ? J'aperçois sur votre sac à dos

"Aumonerie militaire catholique".

Or si j'aimais du catholicisme ce qu'il a de pur et d'ardent,
celui-ci se fait rare. Les institutions censées le protéger
s'emparent des petits garçons et filles pour les manger.
Bref : je n'aime plus l'odeur de sainteté,
y préférant de froids et rigoureux principes,

mais vous, avec votre sourire offert aux inconnus,
votre innocent éclat, vos manière surannées,
votre aveu d'exister loin du monde (un
"trou perdu", ce qui vous décrit bien, avec un dalmatien),
vous me faites un effet joli. Vous sortez

un carnet : si ce sont des vers, je jouis,
mais il s'agit de dessin, visage aux lèvres en coeur
me ressemblant un peu, je crois. Je vous épie encore,
ponctuant le rythme des rails de commentaires joueurs
sur la neige qui tombe et modifie notre destination :
non plus Paris, le Pôle Nord ! Et je suis votre Père
Noël, j'ai les rennes et le traineau pour vous prendre.

"École de vie Don Bosco", dit le carnet refermé.

Cela fait beaucoup. Votre étrange bonté
insiste pour s'inscrire dans une tradition,
des modèles qui me rejettent, à ce
qu'en dit souvent ma grand-mère.
Je tremble de vous reconnnaître.

Approchant de la gare, je m'aventure
à vous demander si vous êtes enseignante.
"Mais non !", dites-vous, "je vais là-bas
-- désignant le carnet -- pour qu'on m'enseigne.
Je n'ai que dix-huit ans."

Silence dans le wagon de mon âme.
Interruption du piston à vapeur.
Votre voix frêle et ce chiffre si petit !
dont j'ignorais qu'une le possédant pût encore m'émouvoir.
J'achèverai délicatement tous mes espoirs

et vous dirai sur le quai "au revoir"
sans y croire. Sans demander votre prénom
ou votre numéro, passant chemin
sur des voeux tristes et conjoints.

Puis, dans mes rêves, cette nuit toutes
les jeunes femmes s'offraient à moi,
m'étreignaient, soupiraient, toutes
ensemble, sans relève ni répit :
je vous fis l'amour toute la nuit.

6/1/2026

Beauté comparative

     À Pauline Smith

Cette beauté
provient du temps
consacré à
cultiver cet-
te beauté-ci.

Il faut d'abord de la beauté.

Dans ton atelier, des miniatures m'attirent,
concentrant le temps, et ta main,
et cette beauté que tu connais depuis
longtemps ? toujours ? et continues
à découvrir pour que nous la voyions.

Il faut d'abord de la beauté,
qui est partout, puis c'est du temps
de travail et de conscience en foi.

5/1/26

Agonie lente

Agonie lente est description
acceptable de la vie.

La souffrance s'intensifie
lorsque nous refusons la peine naturelle
d'exister, de cesser d'exister.

Il n'y aurait pas mieux que rien
pour nous attendre et nous aimer,
que ce que nous imaginerons de-
main.

3/1/26

Chômeur sachant chômer

Tu te masturbes sur les profils LinkedIn
des rares personnes qui te répondent encore.

C'est mal parti
pour ta recherche d'emploi :
ton réseau se dilate, fisté
jusqu'à l'inversion, tu
te replies sur toi-même.

À France Travail, les bureaux du 16è,
situés dans le 17è, sont vides ;
ceux du 17è, situés dans le 17è,
sont pleins. C'est pratique.

C'est mal barré
pour ta recherche d'emploi :
loin d'en rire, ta conseillère
s'oppose à l'usage de son vrai nom
dans une blague ithyphallique.

Tu te connectes à LinkedIn, détendu.
Tu consultes des profils au hasard.

1/1/2026

Être trop souvent très

Sur la plaine de Beauce inondée de soleil
n'apparaît pas ma bite, ce qui nous change
de ces poèmes à l'emphase phalliste
qui continuaient à nous envahir.

Souhaitez, lectrices, que je baise mieux l'année prochaine,
j'en parlerai moins. Ou alors que j'oublie
ce besoin officiellement contingent
chez l'homme, sinon chez la vache.

31/12/2025

Gauche gauche

Si je demande à inspecter sa bouche
avant d'y fourrer mon prépuce,
c'est une précaution intime
acceptable, sans doute. Mais,

si elle est Noire et que je la paye,
je veux dire Noire d'immigration récente
et misérable et se prostituant en vertu
de cette misère aussi héréditaire

que mon argent, alors ce geste pour moi
réminiscent de l'esclavage, donc gênant
pour quelqu'un de gauche, l'interprétera-t-elle,
tel ?

Car je ne voudrais pas la mettre mal à l'aise.

29/12/2025

Cache-cache

L'amour est un cache-sexe
pour certains ; cache-misère pour d'autres.

Diviniser l'objet du désir permet
de vénérer le vénérien sans voir
ce qu'il a de gluant, de rougeaud,
d'excrémentiel et d'urticant.

Diviniser l'objet du dégoût permet
d'organiser les garnisons sans voir
ce qu'il est d'abandon, de salaud,
d'exécrable et d'humiliant.

(oui,la misère est moins riche
lexicalement aussi)

Là où le sexe et la misère de mêlent,
il est ardu de trouver de l'amour
même en comptant jusqu'à soixante
la pipe, cent la péné.

(mais heureusement, il y a les masseuses chinoises
dont l'exotisme permet l'usage)

27/12/2025

Écrire en code

Écrire du code, c'est un langage
qui ne m'engage pas, hormis
pour sa correction et son style,
l'une faisant tourner la machine
(qui bien souvent me publie des poèmes),
l'autre permettant à autrui de me lire
et d'éventuellement collaborer.

Qui m'engage peu, donc, mais produit,
lorsque après cent erreurs, le programme marche,
c'est-à-dire l'adéquation de mon langage démontrée,
un petit plaisir tout de même,
plus petit mais plus certain, plus rassurant
que celui de l'écriture dite créative
(de l'écriture, donc).

26/12/2025

N'avoir d'autre objet que sa propre existence,
est-ce là définition de ladite ?

Pantalon neuf

J'avais banni les pantalons à plis
et autres chemises Lacoste de mon enfance
et adolescence puisque ma mère alors
m'achetait toujours mes vêtements
(domaine auquel, faute d'une entière liberté,
je ne condescendais guère m'intéresser)
au profit des jean et t-shirt acceptables
de l'autre côté de l'Atlantique quel que soit
votre statut social, du moins de l'autre côté
du continent qui s'y trouve, et je m'en portais
pas plus mal jusqu'à ce que mon épouse actuelle
me remette dans le chemin des pantalons à plis
et chemises cette fois sur-mesure (bespoke)
parce qu'en Inde, les classes sociales, ça sert
encore à quelque chose, indéniablement.

25/12/2025

Mortelle tristitude

La mort n'est pas triste.

Elle peut surprendre les proches,
interrompre des projets,
meurtrir la dépendance affective,
priver autrui de services offerts
ou de ressources nécessaires,
et pour ceux qui l'avaient oubliée,
tout ceci à la fois peut choquer.

Mais à considérer chacun de ces aspects
des conséquences de la mort,
on doit peut-être pouvoir isoler
le phénomène non triste de la fin
d'un ensemble de processus organiques
— lesquels, par définition, sont temporaires,
consomment et consument leur substrat.

La douleur physique nous protège,
mais elle n'est pas la mort.
Elle est déplaisante mais pas triste
non plus. Non, ce qui est triste
c'est la douleur morale,
lorsque nos liens se défont
d'avec autrui, d'avec nous-mêmes,
d'avec le divin (des trois, je vous laisse
considérer lequel est le plus imaginaire).

La tristesse peut entraîner la mort
volontaire ou passive,
mais la mort ne devrait pas causer tristesse,
si nous prenions correctement soin de nos vies.

23/12/25

Aurore vespérale

Aurore vespérale ne dure qu'un instant
mais alors qu'il est beau ! —
agonisante braise échappée des nuages
comme des cuisses humides du ciel
enfin ouvertes,
baignant les cimes des arbres, les toits d'ardoise
d'une lueur éternelle et déjà disparue,
clarté sanguinolente parfois féconde —
mais alors qu'il est court !
cet instant d'aurore vespérale.

22/12/2025

Projet Prophète

Petite ardoise lumineuse
gouvernant nos vies,
afficheras-tu un jour
venue d'ailleurs la vérité ?

Nos religions du Livre
se sentent un peu seules
et nous menace le retour
du rouleau compresseur.

20/12/2025

Non du Père

Être père me force à parler,
à être la voix qui prescrit et commande,
accord son amour en fonction de l'Alliance.

Ce monde que j'ai créé
de par ma perception du réel,
mon interprétation de l'expérience de la vie,
je l'offre et l'évalue sans pouvoir le changer.

Être père me pose en être divin,
malgré toutes mes imperfections
et ma quête non achevée de mes propres parents.

18/12/2025

Nom de Je

Après tout, l'autre langage te ressemble —
celui des épiciers et mathématiciens.
Le mien, tu peux l'expliquer, pas le produire :
seul "Je" le peut. Le leur, tu peux
le reproduire infiniment, pas le croire.
Et s'il n'existait pas de "Je" ?

"Je" est une limite appliquée à l'amour.
Le corps est temple s'érigeant de terre à ciel,
l'esprit prêtre, à son meilleur lorsqu'il se tait
(prend soin du temple en silence et emploie,
pour communier, des paroles apprises par coeur
(l'écriture est un plaisir solitaire)),
et tous les vents du monde y circuleraient
sans les portes du Je.

"Tu" est un premier pas.
Vénération de l'Une NuE.
Mais il faut les pronoms dépasser.

Les pronoms remplacent les noms
par des fonctions grammaticales de forme générique :
c'est le début des mathématiques et de l'effacement
du nom des choses par les opérations qui l'affectent.

Trois poules qui pondent cinq oeufs,
c'est 5 / 3 = 1,66666667 oeuf par poule.
Trois soldats qui égorgent cinq enfants,
c'est deux soldats qui égorgent deux enfants chacun
et un soldat qui égorge un seul enfant.

"Je t'aime !", c'est "M'aimes-tu ?"
Je vous la ferai plus complète un jour,
cette grammaire fictionnelle, mais
vous conseille, en attendant,
de vous épargner les pronoms de personne.

16/12/2025

Quatre-vingt-huit touches

Ce sont les funérailles de ma grand-mère nonagénaire.
J'ai accepté, à l'encontre de ma timidité habituelle,
de jouer une Gnossiene de Satie qu'elle aimait bien,
lors de la cérémonie crématoire.

Ma tante a proposé d'apporter son piano clavier électronique ;
mes cousins l'ont installé à côté du pupitre,
en diagonale pour faire face à la fois
au four et à l'assemblée.

Lorsqu'on m'appelle, je vais m'asseoir sur la chaise en plastique.
Je connais ce morceau par coeur depuis 30 ans,
c'est pour ça que j'ai accepté la performance
malgré mon manque actuel de pratique pianistique.

Je commence donc aussitôt les arpèges de la main gauche
et ne m'aperçois qu'après l'ambiance bien installée,
le recueillement visible chez mes aïeux,
qu'il manque à ce clavier deux octaves et demi !

Je ne pourrai pas jouer l'excellente mélodie de la main droite,
la plus que belle, plus que subtile mélodie.
Mes doigts peuvent taper dans le vide
ou bien je peux me lever, tout arrêter.

Trop tard. Je réduis ladite mélodie d'une octave,
je la retourne et la redouble improvisée
me débrouillant pour garder la tonalité,
l'esprit gnossien, puis je conclus à la moitié.

"C'était très beau," entends-je chuchoter.
L'enterloupe semble avoir fonctionné.
Si quelqu'un de ma famille connaît assez bien Satie pour s'en être aperçu,
nous n'avons jamais été présentés.

Mais à la sortie, tout de même, par honnêteté maladive,
je précise à ma tante que m'a surpris la taille du clavier.
Ce à quoi elle répond, d'une voix forte destinée,
sinon à la morte, à ceux de sa génération :

"Mais toutes les notes y sont !"

15/12/2025

Trois parts de tarte aux poires

1

Longtemps, je me suis conchié de bonheur.
Parce que j'étais content, je me chiais dessus.
D'après le psychiatre, c'était signe
de quelque chose, mais en même temps, pour lui,
tout était signe et l'inconscient
se structurait comme le language.
Il me fallait donc suivre ce cygne
pour savoir d'où en moi il venait,
alors je me jetais à l'eau, ce qui aidait,
aussi pour l'hygiène, sinon, à force,
pour les couleurs de mes pyjamas.

2

Une marquise ne sort jamais à la même heure,
cela signifierait que sa tenue, sa coiffure et son maquillage
seraient les mêmes chaque jour
et ce ne serait pas une marquise, du moins
pas une marquise de roman. Jamais
une marquise ne sort à la même heure,
ni bien deux fois de suite car s'elle oublie
quelque carnet chez elle sa suivante se charge
à sa place de le monter quérir
tandis que la marquise demeure voiturée.
La marquise n'est pas entrée dans l'histoire.

3

Dialogue entre Dieu-bussy et Satan-Satie :
— la forme, mon cher, la forme
— et ta gueule, on dirait un poème !
— naturellement le poétique s'installe là où l'âme
— lame de couteau, tôt tinette, étagère et miade
Interruption : Entre la femme de l'un, soeur de l'autre :
— Prendrez-vous un apéritif ?
Les deux, lorgnant l'absinthe vide :
— Jamais pendant le tripalium, chérie.
Et le couvercle du piano claqua.

10-11/12/2025

Embryon 2

Existe-t-il rien de plus beau qu'un enfant
dont l'on sait qu'il ne survivra pas
à son enfance, n'atteindra pas
l'âge dit adulte ?

Pouvant donc, Peter Pan, se passer des leçons
jugées utiles par parents, prêtres et professeurs
qui vous préparent à les remplacer ?
Vous déforment, donc, dans le miroir de leur passé.

Ce jour trop tôt venu (comme ton père,
le jour où il t'a conçu) et jamais là
(comme ton père le reste du temps)
où se doit accomplit le destin des enfants,

ce jour gouverne leur éducation,
régit l'artificiel tempérament
que la discipline leur inculque,
recouvre leur présent dont pourtant

nous tirons éternelle, avares notre joie.

8/12/2025

Embryon 1

Existe-t-il rien de plus beau qu'un enfant
dont l'on sait qu'il ne survivra pas
à son enfance ; n'atteindra pas
l'âge dit adulte ? Peut donc, Peter Pan, se passer
des apprentissages jugés nécessaires, par parents
et autres professeurs ou prêtres, lorsqu'il est
votre destin de les remplacer ? Un jour
toujours trop tôt venu (comme ton père).

6/12/2025

Reflux tacite

Mon psychiatre voulait bien croire
que je fûs écrivain, même si
m'en être persuadé enfant, pour
un autiste, ressemblait fort au symptôme
de l'intérêt particulier intense —
mais pathologie n'exclut pas
chez les artistes talent
(c'est même un gage de sincérité,
le sacrifice de sa raison)
— il avait jugé, en tout cas,
qu'il valait mieux m'encourager
à rechercher un équilibre qui inclue
ma douce folie d'écrire — cela,

c'était avant,
quand il s'agissait d'écrire des romans,
avant
que je n'avoue mon goût pour les poèmes.

Désormais, il me prescrit des médicaments
antipsychotiques et ça fonctionne,
puisque je ne parviens plus à extraire
le moindre vers de ma pomme.

4/12/2025

Menahem Pressler

Ce qui est parfait dans ce Nocturne
de Chopin, dit posthume,
c'est le grain de beauté sur la joue de la spectatrice
accoudée au balcon, paupières closes,

et aussi un peu la lenteur
des mains du nonagénaire
au clavier, maintenant
en grigou la tension romantique
de la mélodie, étirant l'attente,
multipliant le plaisir, du bout des doigts,
dans les organes et les cerveaux
de tant de beautés muettes.

30/11/2025

Fesses to fesses

Après s'être zyeutés quinze stations durant,

elle, image obscure dans l'ombre des tunnels,
curieuse, ajustant chevelure de doigts cerclés d'argent,
avide reflet de mes regards puis, à la fin,
soupir et moue déçus du peu d'initiative,

moi, debout, éveil d'un escargot
balançant sa double coquille
en sourde et subtile ferveur,

(mais que sembla percevoir dame voisine
dont la tête à la même hauteur mal-
encontreusement se trouvait alignée),

je sens sous moi de son assise la chaleur.

28/11/2025

Existe-t-il ?

Existe-t-il un cratylisme soft ?
Que la musique des mots exprime,
croire, quelque chose — ou la magie
de la syntaxe, leur ordre décalé —
ou bien les deux ? qu'une voix con-
tiendrait ? (j'oubliais les lignes coupées)

Qu'à les employer par écrit, un sens,
autant que de la main d'un autre,
chargé de tous les mots que j'ai lus
(déduction faite des médocs, alcool inclus)
ainsi que d'une intention unique,
s'inscrirait en faux contre l'usure.

26/11/2025

Eau vive

L'eau vive bouillonne parfois d'elle-même,
en vertu d'intrinsèques frictions, messieurs ;
ce que nous avons vu ne nous révèle rien :

ni l'existence des sirènes,
ni la présence prochaine d'un cadavre
au pont du Point du Jour,
ni l'occurrence d'une chute, ni encore
duquel de nos amis il s'agirait.

Ainsi, croyez-moi, poursuivons,
pareils au lévrier qui voit la touffe blanche,
le rituel qui nous rassemble et me doit couronner.

20/9/2025

Aussi simple

C'est aussi simple que la beauté
d'un trait, d'une forme éprouvée ;
qu'un sentiment intense tant
qu'à s'emparer en vous, puis hors
de vous de l'espace, criant matière,
torpillant la réalité ; que la logi-
que qui relie musique et mouvement
des pieds, des reins, de la langue,
en vous, hors de vous, en vous
— le plaisir et le plan d'un poème.

18/9/2025

Solide assise

Son cousin Ignazio l'avait fait un mardi
à l'heure de la sieste, ainsi personne ni
ne l'avait vu retirer ses vêtements, ni
s'en aller nu vers le désert, ni compris
ce que fichaient par terre ses culotte et chemise.

Après s'être gelé, tout en priant, les miches
trois longues nuits de solitude, Ignazio
était revenu queue basse et crâne rougi
demander à son père de lui en racheter
une paire, et non la pire. C'EST POURQUOI

Francesco s'afficha un dimanche, en plein marché,
ravi des regards avides vers sa virilité, sachant
qu'il serait ainsi suivi, compagnie qui rendrait
son sacerdoce utile, sa démarche pertinente
dans le contexte culturel de son époque.

4/9/2025

Un coup deux

Le même jour, il y a longtemps
— et, vu de si loin, presque au même instant —
j'ai rentré au billard deux boules en même temps
— coup annoncé, magistral, glorieux —
et reçu d'une paire de jeunes inconnues
une proposition coquine — conjointe.

J'étais jeune et n'ai pas distingué, jadis,
ce double dédoublement du destin
qui m'indiquait sans doute quelque trouble
— si j'étais personnage de fiction.
Les voies disjointes du succès ?
L'égarement de mes ambitions ?

— Car je me croyais alors poète,
ignorant qu'on louerait davantage
— et cela vaut jusqu'aujourd'hui —
que mes coups de plume mes coups de queue.

Lèvres tartare

Tôt effeuillée, entre les anses
de la pâle aiguière convoitée
surgit plaie sanguinolente
mais encore non rassasiée

aux dires transis d'allégresse
de Mélanie, la serveuse du Rococo
loco, le bar à putes de Pénestin,
dans l'extrême sud Morbihan.

31/7/2025

Joli cul

Des fesses musclées
sous de la soie colorée
marchent marchent marchent
mais moins vite que moi

fasciné, haletant d'émoi,
le cœur battant au rythme
des contractions alternées
de ce subtil motif violet

dont la tenancière se touche
des mèches de cheveux,
tâchant d'observer qui, derrière
elle, lui mate le derrière,

puis le coin de rue tourné
soudain se met à courir
dans la direction opposée
à celle de mes regrets

et de mon domicile,
moi piètre époux penaud
d'un rêve innocent mais
indiscret, sinon pire.

17/6/2025

Optimiste

"Mais quelle est donc cette beauté ?"
m'exclamai-je intérieurement,
découvrant au volant d'une Tesla noire
garée à quelque distance, un visage
correspondant parfaitement
à mon goût ; je poursuivis
la promenade hygiénique du chien, mais
par circonvolutions habiles, redirigeant
tel jet d'urine afin que truffe cherche
le prochain emplacement progressivement plus près
de ma cible encore immobile malgré la menace
d'un clignotant activé direction route,
j'arrivai (selon moi, discret) par la vitre teintée
d'un second regard à scruter la conductrice ;
et découvris que c'étaient la distance
et mon imagination, ce matin.

10/6/2025

À mort Guillaume !

Sous le quai Louis Blériot coule la Seine
et la masseuse, avant que je ne vienne,
a murmuré "50 euros" à mon oreille
sans l'ombre d'un accent chinois.

Coule mon sperme, je demeure
à l'heure pour le dîner.

Ce fut une séance étrange
de thérapie de groupe à deux,
une sorte de test où j'échoue
à me qualifier, comme au

100 mètres, nage libre.

S'écoulent les dizaines, je ne meurs
toujours pas, mais pas à pas,

je longe l'étroite Seine, ce froid
chemin d'un avenir certain.

4/6/2025

Apoème

C'est une braise amère sise dans votre gorge,
caressée toujours vive ivre et ca-
pricieuse toujours vive ivre et ca-
ressée encore par votre souffle tant
          qu'il se renouvelle.

Quelle folie que de croire en ses propres présages !
— se déguster jusqu'au vomissement.
— se dilapider pour l'ébauche d'un rêve
inaccompli, incapable d'être partagé.
          Funeste sonnerie.
          Fumiste sonnette.

21/4/2025

Pas compris

Qu'aviez-vous pas compris, alors,
qui vous éblouirait tant au-
jour d'hui, raison récupérée, miss,
après d'extrêmes sorties ratées ?

          Il faut que cha-
          cun com-
          prenne ou bien
          mal
          écrit c'est
          certai-
          nement.

C'était le cadre, et le musée,
la ville repliée sur sa rive,
des trains express, ad hoc, in situ
nous y menant tout simplement :

le Sens était l'Essentiel
était là, provenances transcendées
par l'oubli de l'obscure
majorité. Hitler, un coup de dés

détournant l'atetntion : sublimes
résistances, exquises libertés
reconquises, garanties désormais
par soumission à l'excroissance.

Qu'étiez-vous demeuré, alors,
qui vaudrait aujourd'hui, mam-
an, l'abandon d'un pont d'or ?
Sinon d'extrêmes sorties ratées.

7/4/2025

Gauche si droitier

Le fait de concevoir
puis d'expérimenter
qu'usant de la main gauche
on serait maladroit
de telle manière que l'acte
paraîtrait provenir d'autrui
les premières fois du moins,
réalité que l'on n'envisage pas
susceptible d'advenir de sitôt,
signe chez l'adolescent, je crois,
la naissance de l'esthétisme.

26/3/2025

Savoir masqué

Plus j'apprends, plus je lis,
plus j'comprends rien !
J'étends le domaine de mon ignorance,
découvrant ce que j'ignorais ignorer.
Comme je m'enrichis !
Mais aussi dilapide la fausse monnaie
de ceux qui croient savoir quelque chose :
la confiance en eux, en leur droit
à s’exprimer avec autorité.
Plus je me tais, donc, me vautrant
seul et heureux dans ma belle ignorance.

(Poème proposé, sans succès, au Grand Prix de la RATP) 25/3/2025

À rien arrimés

Que la rime, c'est-à-dire
répétition d'un même son en fin de vers
(c'est-à-dire des lignes de longueur fixe
définie précisément par sa présence,
à la rime, c'est-à-dire plutôt tautologique,
comme définition), serve à mémoriser,

à rendre plus aisée la mémorisation
de longs poèmes ou de longs textes (car
traité de médecine aussi, livre d'histoire),
c'est que se plaisent à répéter les profs
et que je n'ai jamais compris.

L'écrit étant, plus pratique, devenu norme
et outil au point de nous faire oublier
ce qui aurait importé aux tenants
d'une culture orale se servant
de procédés mnémoniques pour fixer
et transmettre le savoir : s'en

souvenir, oui, mais surtout éviter,
à le répéter, de l'altérer, ainsi que tend
à l'opérer parole non structurée.
Les rimes, surtout si judicieusement
elles concernaient les mots-clés,
permettraient de communiquer une recette,
des indications topographiques,
un texte de loi, le discours d'un roi
sans s'égarer sur l'essentiel
et en se prêtant au contrôle
d'autres lettrés (c'est-à-dire, plutôt,
de gens rimés, de ceux possédant du savoir
les sons par paires organisées).

Plutôt que d'efforts mnémoniques
(qui à nous, lettrés de papier ou d'écran,
paraissent incommensurables et nous font
nous focaliser sur cet aspect "sportif"
de la mémorisation d'autrefois),
je crois que c'est de précision verbale,
scientifique qu'il s'agissait,
ou bien de contrôle social.

25/3/25

Si longtemps

Aujourd'hui j'ai trouvé
dans le tiroir à épices,
condiments et liquides divers
à fonction culinaire,

de la mélasse de grenade
laissée là, sans doute,
par ma belle-mère
indienne, il y a

suffisamment longtemps pour
qu'en voulant l'ouvrir,
le sucre accumulé à son goulot
le verre en tournant brisât.

16/3/2025

Si pourquoi

Si je suis sim
plement fa
tigué,

          pourquoi ces im
          pulsions mi
          nimisantes

pour ma santé ?

26/2/25

Après caca

J'appris le b.a. ba de l'érotisme,
mais aussi les bases de l'anatomie
féminine, vers 12 ans en lisant
La philosophie dans le boudoir, tenant
bientôt le livre d'une seule main.

Il ne s'y trouve rien qui ne soit honorable
hormis une toute petite scène de torture
à la fin, et encore, on peut penser
qu'à vouloir censurer le plaisir des autres
la victime l'avait un peu cherché.

Le chef d'oeuvre du même auteur, 120 journées,
me surprit donc un peu, quelques années plus tard,
en ce qu'il ne m'excita guère, avec ses vieux
mangeurs d'étrons et violeurs, tueurs d'innocents,
et surtout obsédés par l'étron, qui pour moi
ne possédait alors aucune charge érotique.

Mais près de 20 ans après, suite à deux
ruptures consécutives et douloureuses,
dont la seconde me fit désirer mourir
au point, l'acte écarté, d'habiter plusieurs mois
des paludes morbides, drogué jusqu'à l'os,

je ne trouvai qui m'excitât encore
que des vidéos représentant des femmes
de la même ethnie que la seconde envers moi
cruelle, se faire chier dans la bouche
tandis que je jouissais dans mon mouchoir.

Et vers la fin de ce régime, ma préférée
se déroulait sur une plage : enterrée jusqu'au cou
dans le sable, la victime avalait
les étrons de cinq ou six jeunes femmes
moqueuses et bronzées, aux selles abondantes
et pour l'une d'elles une franche diarrhée,
si bien que leur consoeur se tranformait
presque en humus ; mais après,
on la voyait rieuse plonger dans l'écume
et se rincer, jouant avec les autres à s'éclabousser,
joyeuse, bien vivante et propre.

Ce qui me rappelait que pour le corps,
tout du moins, l'eau peu laver ce qui nous souille
et nous régénérer, entièrement purs à nouveau —
ce qui est de l'existence humaine
à mes yeux l'un des plus beaux
phénomènes, des plus porteurs d'espoir.

Pour l'âme, en revanche, l'eau n'est que métaphore
dont le débit dépend de votre foi.

23/2/25

Double peine

S'il me peinait trop absolu-
ment de vous quitter, je n'envi-
sagerais pas de me tuer :

départ, disons, plus absolu,
tant qu'il paraît préférable,
à tout prendre, de m'en aller —

à moins que ce ne soit pareil.

22/2/25

Mots alités

Ce sont des univers entiers,
chaque foisonnement de branches,
sous-branches et branchettes

emplissant au-dehors tout l'espace aérien
du boulevard où, rêveur,
je me mire sans fin.

En sens inverse ruisselant
par ces tant de milliers d'affluents,
la lumière se transforme en bois
nu, en cette saison, se survivant
depuis la croissance dernière
dont pareille au déluge annuel, dans un désert,
subsiste un éphémère tracé.

Toute la fenêtre striée
de griffes brunes qui s'entrecroisent
oppose à mes regards inquiets
une complexité sans fard
où je suis certain de me perdre
si ne je demeure encore alité.

21/2/25

Si suscite

Si suscite cette ligne ardeur
à l'oeil pudique d'un lecteur,
ce ne sera pour moi personne,

donc. Dernier espoir perdu, puisque
je ne m'abstiens même plus d'écrire,
renonce à bouder une absence, encore

figure imaginaire. Libre enfin,
je jouis du rythme de ma propre main
sans me soucier d'engendrer d'archipel.

20/2/2025

En ballade avec Wilde

Il ne portait point son pourpre pourpoint
car le sang et le vin le sont, pourpres,
et il s'en était foutu plein les mains, des deux,
quand on l'a découvert avec sa gnasse,
la pauvre gnasse morte qu'il aimait, mais
qu'il avait trucidée dans son pieu.

2/20/2025

Gastronomie internationale

J'ai un peu peur des vulves roses,
à l'aspect de steak tartare avarié,
aussi qu'importe votre beauté,
accorte parisienne amarrée
non loin de moi dans le métro,

vos regards ne me promettent ni
les cuisses de dinde au curry,
ni le buisson d'algues iodées,
ni la framboise de ganache enrobée
qu'au fil du globe ou à la gare de Nord

j'ai pu et pourrai peut-être encore,
voyageur snob et craintif, déguster.

3/2/2025

Contact

N'est pas sortie de mon imagination
ma fille (même si commanda
sa conception l'amour, double miroir
imaginant l'infini), elle existe,
corps et personne, hors de moi, et pourtant

la guide encore en sa croissance ma croyance,
meublée certainement d'imaginaires
notions, en sa capacité à devenir personne
et corps plus grands, plus autonomes, valant,
au moins sous forme d'espoir, mon temporaire sacrifice.

Mais puis-je pour autant lui parler par images ?

20/11/2024

Expérience

Afin de m'hypnotiser, je devais
descendre un escalier que j'imaginai
débuter dans l'ancienne maison
de mes grands-parents, qui était vide
car existant seulement dans mon souvenir
(ils l'ont vendue, elle a changé depuis).

En bas du troisième escalier, je vécus
ce à quoi l'hypnotiste m'invitait,
qui consistait, pour l'essentiel, à renforcer
mon estime de moi, rendant visite
à d'anciennes représentations de moi
et les réconfortant de telle manière
qu'ils puissent le recevoir ; je fus aimé,
je m'aimai, je crois même que Dieu m'aima ;
puis je remontai les trois escaliers.

En haut, l'ancienne maison était pleine,
désormais, de mes familiers : parents,
amis, figures imaginaires, foule
qui m'acclamait, qui m'aimais
mais, contrairement à ce qui peut se produire
en réalité, m'aimait vraiment pour qui j'étais,
unique et singulier, non pour
adéquation aux critères d'autrui,
m'aimait collectivement de manière
telle que je puisse recevoir cet amour.

Et cela, je ne l'avais pas fait exprès.

7/11/2024

Sémiologie méliorative

Dire que le signe "rose" est arbitraire,
"rose" n'ayant pas d'épines, ni de parfum,
c'est déconstruire en fait l'acquisition du langage
qui me fit associer, tôt, le mot rose et ces choses
perçues de l'oeil, du doigt, de la narine,
et me permit magiquement de les reconvoquer, pour mon corps,
au moyen de l'imaginaire, par l'usage du mot ;
c'est en défaire tout l'intérêt ;
ignorant de surcroît la possibilité d'une pratique collective
et historique de l'imaginaire, altérant, au sein d'une communauté donnée,
la forme que les mots prennent, en fonction, peut-être,
de la nature partagée (pour ne pas dire "objective", quand même
il s'agit bien d'objets) desdites perceptions.

Note: réfuter l'objectualité parce qu'elle ne satisfait pas
une aspiration à l'idéalité transcendante,
c'est peut-être d'un mieux raté faire néant du bien,
de manière erronée.

4/11/2024

Silence que folie

Pour continuer cette folie d'écrire,
il me faut croire que quelqu'un
lira un jour ces lignes sans fin ;

c'est-à-dire, de mon point de vue présent,
introduire, dans ces lignes, un dialogue
hypothétique, imaginaire, défini

par mes propres besoins et croyances,
c'est-à-dire, faire d'écrire, folie,
plutôt qu'activité censée, qui

m'ennuierait, ou bien, telle la rose
mallarméenne, totale absence d'écriture,
ainsi que l'ordonne raison, soit mieux

3/11/2024

Petites poussettes

J’ai fini par comprendre que l’enfant
marchant à peine à qui l’on donne
déjà une poussette avec un poupon dedans,
miniatures, n’entamait pas sa formation
de futur parent, fruit d’une collective furie
progénitrice, ainsi qu’il m’avait d’abord semblé
lorsque je me tenais moi-même loin des bébés,

mais, en celle-ci comme en d’autres matières,
l’enfant aime à reproduire, sur autrui, ce qu’on lui fait,
apprenant je suppose ainsi à se définir, non
seulement, plasma informe, récipiendaire de tant
d’actions, mais en se les appropriant, retournant
les rôles, aussi corps, lui-même acteur, se créant
en se découvrant capable de réflexion : visant

la personne future qu’il ou elle deviendra.

Tandis que les vieilles dames poussant leur caddie,
à petits pas lentement, prudemment placés
sur les derniers trottoirs de leur existence,
font-elle en sus que de sens pratique, relatif
à leurs courses, preuve de nostalgie implicite
à l’égard de leur période féconde ?
rejouant, semblable pantomime, cette fois

la personne passée qui ne reviendra pas.

30/9/2024

Pas appât

Avoir l'habitude d'être chef
ne veut pas dire qu'on com-
prenne ce que c'est qu'être chef,

ni qu'on puisse choisir un moment
de se défaire de ce rôle, adopté tant,
par osmose et par appétit, qu'acquis,

fût-ce pour féliciter son fils

qu'on aime, a priori, mais qu'on
a pris l'habitude d'aimer en tant
que père, guide et protecteur

de par sa supériorité, qui sera
donc en tout, à jamais distinguant
la compétence de l'enfant.

28/9/2024

Brève de métro

Les samedis soirs, on joue à la loterie
des maquillage et bas résille à chevrons,
venant de toutes les banlieues viser
le sac à sperme qualifié, nanti
ou en valide voie de le devenir,
afin de l'aimer toujours ou trois ans,
le temps d'un enfant et d'un éventuel
retour en RER à la réalité. Rêvons.

28/9/2024

Repos

Ma bite m'aura servi longtemps
à chasser les angoisses nocturnes :

jouet rassurant, inspiration
de sentiments toujours plus forts,

toujours plus reposants
lorsqu'ils s'éteignent.

9/8/2023

Non sapiens

Plus j'apprends, plus je lis, plus j'comprends rien !

J'étends le domaine de mon ignorance,
découvrant ce que j'ignorais ignorer.

Comme je m'enrichis !

Mais je dilapide la monnaie
de ceux qui croient savoir :

la confiance en soi, en son autorité,
en son droit à parler avec assurance.

Plus je me tais, donc, me vautrant
seul dans mon ignorance.

9/8/2023

Différents parallèles

La première guerre mondiale a scellé
l'échec de l'Allemagne à se faire
un empire colonial comme nous, alors,
parce qu'il faut bien se sentir supérieur à quelqu'un,
on s'est reportés sur l'intérieur :
ces Juifs, diaspora disponible
depuis si longtemps pour cela.

La distinction raciale était la même,
les méthodes aussi à ceci près
que les colonies avaient des champs
et l'intérieur des usines.

5/5/2023

Attention

À force d'aller la fourrer partout,
accumulant les particules mycellaires,
voici qu'il me pousse à présent, rageur
et rétif à tout traitement,
un champignon sur la langue.

28/4/2023

Un enfant

Un enfant, c’est ce qui reste de nous quand on est partis.

Le fruit d’un amour aussi certain que notre mort, aussi fort
que l’angoisse émouvante du vivant face à sa fin.

On y met tout ce qu’on a appris, acquis et capitalisé ;
on prend soin de ce corps qui nous appartient
à moitié ; on rejette sur sa pauvre âme
tous nos espoirs déçus, c’est-à-dire tous nos échecs.

Moralement, l’enfant se compose de tout
ce qui nous est inutile, ou pire : toxique.

En ignorant que nous sépare de ces êtres seconds
le temps dans ce qu'il a d'infranchissable (une époque ; une génération),
et en voulant que leur histoire – c’est-à-dire leur personne – s’inscrive dans la nôtre,
on fait de nos petits échecs des monstres à retardement.

On les aime, c’est bien ce qui fait mal,
car le seul amour altruiste est celui de soi-même
(il épargne les autres).

Lorsque l’on a créé l’objet de son amour,
n’allons pas le prétendre libre,
ni humain
à nos yeux.

Un enfant, c’est de la merde et de la chair en putréfaction :
les nôtres,
qu’on se fourre dans la bouche à la moindre occasion.

First Flight to India

8/1/20

Pour commencer passer par le Koweït semblait une bonne idée :
moins cher et au jeu des alliances régionales, plutôt neutre ;
apparemment en bons termes avec tout le monde,
l'émir protégerait mon avion, pensais-je.

Puis les États-Unis assassinent un fameux général iranien ;
les Iraniens bombardent des bases américaines en Irak :
et tout à coup, en regardant à nouveau la carte,
je le sens mieux de faire escale à Helsinki.

9/1/20

La nuit sombre et sur les nuages
un reflet de lune comme un écho
lointain, à peine diaphane.

Le réacteur oblong, relié à l'aile
par une poutrelle grise et lunaire aussi
fuse affamé, nous emmenant,
par-dessus le Kazakhstan,

vers un pays dont la population
— du moins un dix millionnième de celle-ci —
m'accompagne déjà de ses mœurs et couleurs
et d'une cordialité bienevenue après Paris.

10/1/20

Les montagnes d'Afghanistan
écumant immenses sous la pleine lune
et quelque part, toute seule,
une lumière
comme une étoile capturée
par ces arides replis rocheux.

Une autre.
Plus loin, elles sont quatre : trois, et une à part.
Puis à perte de vue des montagnes désertes.
On sait vivre seul, ici — ou, plus probablement,
avec Dieu.

Quatre poèmes guernesiais

Guernesey

Une Porsche poussiéreuse
dans un garage en granit gris.

Uniformes 1

Les écolières en jupe courte
portent leur sac à dos si bas
qu’on ne leur voit pas le cul.

Uniformes 2

À la couleur de sa cravate on sait
si la voix d’un garçon a mué.

Marina

Maman aime les gros yachts
mais on est hors-saison
alors sur la moite émeraude
je dépose mon sexe dur.

ÉlectroTesla

1. Introduction à Nikola Tesla

Rimbaud eût voulu un fils ingénieur
     – car c’était l’avenir –
s’il n’était mort de la gangrène
     avant d’avoir été papa.

Il eût sans doute aimé Nikola Tesla
     – ils avaient d’ailleurs le même âge –
s’ils s’étaient jamais rencontrés
     et si Tesla avait été gay.

Ce dernier, cela dit, n’a pas de relations connues
     – que ce soit avec homme ou femme –
on le disait chaste ; il se disait dégoûté
     et fort occupé à travailler.

Il n’était pas papa non plus
     – qu’on le sache du moins –
mais il était bien assez farfelu
     pour vouloir un fils poète.

2. Électrophénix

Dans une ampoule, il y a un arc.
Dans un arc, il y a des flèches
qui comme les rayons du soleil
indiquent à la fois toutes les directions.

Va ! porte un masque de couleurs,
connecte les deux pôles de ton cerveau
par l’extérieur et que le monde
soit pour toi des billiards de neurones ;

le vent, une synapse infinie qui relie
de nous tous extasiés les étincelles
et fasse un feu furieux rageur
partout sur la surface de la Terre ;

qu’il brûle et incendie partout ce feu !
qu’il roussisse la cime des arbres,
qu’il fasse des champs de pop-corn.
Nous le prendrons dans nos mains une seconde

et nos cendres seront demain l’engrais.

Coucou Grand-mère

De derrière les vitres teintées
de ma Lexus, j'aperçois en passant
derrière son carreau du premier étage
une ombre rose et pâle de vieille dame
immobile qui regarde, un dimanche matin,
passer les voitures en bas sur le boulevard.

Son visage n'est qu'un ovale sans traits,
sa silhouette une grisaille informe.
Pas un mouvement. Mon chauffeur redémarre
et je suis heureux d'être sorti de chez moi
plutôt que resté derrière mon carreau, spectral,
jusqu'à, plus tard que le sien, mon dernier souffle.

10/9/2017

Le Hêtre et le Néon

Le hêtre est déjà là tandis que le néon est fabriqué par l'homme.
Le hêtre a la force de ce qui est déjà.
Ce qui compte dans le néon, ce n'est pas le néon en lui-même (qui n'est rien – un gaz tout au plus), c'est la lumière qu'il émet.
Moi je travaille dans la lumière du néon, mais du néon qui hêtre.
Un arbre multicolore et luisant dans la nuit.

28/11/2015

Philosophie

Ya pas qu'ça dans la vie
quand t'es petit
tu dis.

Ya les formes pures
de l'amour pur
tel qu'il s'incarne en moi
(regarde, papa, j'ai fait caca !)

Ya la beauté de la nature
ya la coke et la confiture
et le sexe avec ses appâts
(regarde, mama, je disparais en toi !)

Ya pas qu'ça dans la vie
quand t'es petit
tu dis.

Pas qu'l'argent.
Pas qu'l'opinion d'autrui.
Pas qu'les trompe-la-mort en toc.
Pas qu'la génération suivante.

Et puis tu deviens vieux.
Scrogneugneu.

6/6/2015

Pisser, sur soi ou sur autrui

pisser, sur soi ou sur autrui c'est une promesse de clarté une caresse qui produit son propre effacement lacté

16/5/2014

In a Sentimental Mood

Lorsque je suis arrivé à Opéra
elle m’attendait grimée
d’un rouge à lèvres qui me disait
quelque chose de sa détresse.

Tandis que nous mangions
au restaurant japonais
et parlions d’elle et de moi,
son rouge à lèvres disparaissait.

20/3/2012

Alliance

j’ignore à peu près tout de toi je t’espère et t’attends (il faut, lisant cela le pousser vers le passé – ça résiste) (à chaque instant recommencer) je suis celui que tu espères et tu attends mais je ne suis pas celui que tu crois

au début il y a un appel, une voix pour toi je ne sais ce qu’elle a pu être pour moi elle existait déjà je m’y tiens, c’est clair, je flotte au-dessus de toi mon regard, comme le tien maintenant te déchiffre : tu essayes d’être

qu’est-ce que c’est ? je tu abandonne(s) ton mon désir : nous abandonnons tout désir je dis : nous laissons ce qui nous sépare nous avons bien assez été je le pense : je dis : ce qui nous fait exister nous séparait et c’est abandonné

(maintenant, c’est à toi de mettre musique juste derrière tes yeux)

dans l’inconnu une sève sucrée bout humecte les lèvres d’âcre chaleur, baiser du silence enlacé à l’horreur de la chair qui craque en se desséchant s’écartèle s’entrouvre devant l’œil de la terre      pyramide animale

dans la vasque du père, creusée pour lui le sang s’écoule par avance qui abreuvera tout espoir, tout sanglot saisi par l’aube du plaisir le flot figé scintille d’une perle invisible au soleil

la remarque moirée du soldat fracasse la flaque en éclats l’ordre brandit dans l’ombre un cri

le petit filet bu rutile intérieurement

sous le masque du père, creusé par le fils observe là l’entour gradins de pierre et d’oliviers ombres dont le contour est lu poudres guérisseuses, mémoires scansions acclamées pour l’absent

(n’oublie pas que je t’ai parlé, que tu me dois parole au temps)

écailles ramassées près des racines, fragmentaires

à l’angle de l’eau, couleurs fuite du réveil, célébrations une du sang recueilli par la mère une de la préférence des formes, des jus et des peaux que prend le matin pour le ventre une du nom qui est caché une du lion volant de pierre

énigme :

(sous les cendres, j’ai retrouvé un sein que tu connais : souviens-toi ?)

les cercles d’émeraude portés au front protègent des morts les plus viles endormie sous un mont l’ivresse des porcs attend que s’en revienne la nef chargée d’or du chevalier élu allongé sous sa lame (que je retournerai sur moi un mot : puis le silence)

j’ignore à peu près tout de moi je t’espère et t’attends (il faut, disant cela le pousser vers l’avenir – ça se dissout) (à chaque instant recommencer) dans le silence, que l’espoir et l’attente résonnent de ta voix portée par mon désir

Attiseuse à toison

plus qu’aucune charte tracée
dans la buée de mon désir
m’apprendra le geste souvent
ébauché ton sommeil aimé

désir, aimé, ne te sait dire
chaleur empesée de la joue
au pli du drap, au plat humide
creusée par la double avancée

de chair vers toi, de choix amers
entre mon immobile attente
et ton murmure ciselant
muette attiseuse à toison

8/12/2008

Toujours plus Bach

toujours plus bas
plus loin de toi
pages toujours préliminaires
journées plus vides

avant mots comme jours étaient préludes
c'est libre un prélude, exhubérant, joueur
maintenant il faut être pour de vrai
et c'est la fugue devant la mort
fuite devant l'être adulte et déterminé
une fois pour toutes

plus de pages de garde
il faut que j'avance
fût-ce en me tordant
entre trois voies funèbres

13/11/2008

Personal Data

je suis
un gnome borgne masturbateur
une coupe de champagne vide
un crumble de gargarismes gras
un départ d'ébats stériles
un oeuf d'embryon vide et percé
un démâtage tremblant de la cuisse
un violeur pissant violon
un emplâtre puant de vieux sperme

tu es un marron glacé au soleil

(Pour Alexis)

13/11/2008

Préliminaires

À Isa

j'ai ignoré qui tu étais
tu m'as pris comme je suis venu
un peu partout au hasard
j'ai pris ton pied et ta rime
tu t'es laissée frotter, pousser, déchirer
beaucoup nulle part exprès
et finalement pour quelques gorgées de plaisir
des flots roulant d'absence

13/10/2008

Cinq poèmes d'avril

1.

on est tubes avant tout
puis combinaisons de tubes
liés d’air vibrant et de glaires partagées
de temporaires jointures toujours à refaire
on est tubes et appels de tubes
à remplir et à vider
ensemble ou séparément
tubes heurtés qui résonnent
exposés sur un plan gluant de traces
tubes en perpétuelle expansion
toujours plus vides et plus sonores
plus affamés de dilatation
on est tubes ensemble tant que cage
on est tubes seuls tant que chute
qu’abandon de la hiérarchie des bouts
roulant au sol happant la cendre
des deux extrémités
on est tubes alors prêts à se fendre
à déchirer la soudure axiale
prêts à redevenir plan


2.

amorphe, perpétuelle irrigation du nœud
interne à la gorge, à inciser
bubonique animal mort

par petits élans dort, divers
retours de l’autre éteinte
emplie d’inachevable

se répète, inlassablement, le nivellement

suave le repli, seul énergie du soir
s’érige encore informe à ton flanc mon lisse hoir
malice, je glisse ce qui me reste dard

pour abandonner, bientôt, faute de n’avoir pas bu
      (Inutile)


3.

refaire l’expérience originelle

éclats crayeux et lisses
disposés en couronne, acérée sur l’oreille
raclés à nouveau d’une paume sanglante
arrachant sans succès les peaux superficielles
effort
inutile à bien des yeux, injustifiable
d’autre façon que par la joie d’être en peine
si c’est plaisir de bouche, goût du sang
de la vie en somme, ciselée pour être belle
il faut souffrir

longtemps, j’ai modelé mon âme au diable
oubliant quel écrin l’extraction promettait
couffin d’agitation clos de clous acérés
prix de l’extravagant goût du néant
s’il est touillé d’abâts d’anges

sorti du rêve, la soupe est dense
peu de rémiges pour se guider
les images anciennes – à jamais établies
font écran voile à déchirer
souffle dessus

les brindilles de diamant se détachent des cheveux
la sang qui coulait droit s’étale aux tempes
le sexe enfantin tend à s’enfouir dans l’étreinte
sortie de léthargie la mourante s’étire

acide, l’éternelle brûlure se remet à couler
sur la peau et le crin qu’elle fond en mesure
au battement des tempes, de la main atrophiée
moignon qui se saisit à nouveau de l’impur
instrument du mal

sévice, je te rends ton épouse à mon front
chair à travailler dure n’hésite à lacérer
du profond de ses plaies je nourrirai ma gorge
braise avide à froisser dans la fente des lèvres

jus sucré sur ma langue


4.

l’éblouissement soudain –
d’où le regard doit se tourner
où il veut s’inscrire
ô ciel labyrinthique
– n’interdit pas la brûlure volontaire

même accablé, même sans foi
qui ne verra pas qu’il doit s’aveugler ?
jusqu’à la chaleur de la pourriture
ne saurait émousser cette ardeur
(stylet infondable et dépassant
les corps en masse et en vouloir)
stylet pointé à l’œil divin

après, question d’essor
l’âge mûr convient
(car l’on pourrait se consumer sans flammes)
mais quel est-il ?
– jargon grisant tous les jours
sauf un jusqu’à la mort ?


5.

Medianoche

au moment du silence, surgissement possible
attendu mais voué à l’oubli
à l’inconscience
sauf la fulgurante aphonie
du désir jeté hors du monde

absent, mais dévoilé
l’essor sanglant d’un rêve
fulgurante brûlure de surface
l’insoumission au règne animal et logique

mâtine, l’une nue écarte les jambes
pour engloutir
et rejeter

la substance de mort s’additionne au vécu
aimant l’énorme ardeur des méfaits successifs

le jour du reniement laisse place à la nuit

Dernier envol

les gouttes du dernier envol
ciselant le cristal orange
du nœud de l’horizon
font un reflet sur ta peau d’ange
duveteuse à partir du col

la mer, l’envol est son poison
et sur ta respiration lasse
une agonie repose
qui sans qu’amer aucun s’efface
fondra la mer en ta toison

7/8/2004

Depuis que tu es morte

dans la procession des cœurs
de bile noire qui s’écoule
brisée, muette de souffrance
nue de chair déchirée par moi
déchirant mon œil, souffle
à jamais lové dans la terre, heures
apprêtées de larmes inutiles, enfant bête
dans la procession des cœurs
voici que s’en va et pourrit
ton reniflage de ma profondeur

amusée, jambes ouvertes, chair froide
le passé m’accueille encore
cambre mes reins l’épaule
derrière la tête le passé jouit
d’abord de mes fureurs, qui ont fondu
maintenant de mes silences

reflets dérisoires
comme une réaction chimique qui se poursuit
dans mon cerveau alors que rien
plus rien n’est qui jaillisse

quand tu es morte le sang
d’autres morts m’est monté dans la bouche
morte, je t’ai vite oubliée
mes pères criaient dessous mes pieds
dessous mon âme leur histoire
la fureur des dieux et la folie des hommes
qu’il me fallait raconter O
procession noire des idées en mon cœur
lorsqu’on l’ouvrit comme une outre
on trouva du sable rouge
morte, je t’ai vite oubliée

c’était la lande et un chemin de guerre
un fin ruisseau de sang
s’écoulait déjà du sommet
où nous courrions nous battre et mourir
c’étaient déjà les pères de nos pères
qui s’écoulaient là
vibrant de nos pas

les cartilages se brisent et s’échappe un pet d’air
quand ta gorge est frappée d’une lame vulgaire
dans la lumière des phares
ton corps est une boule de poussière
toute gluante
si c’est au ventre la brûlure est lente
et ce qui s’écoule dans tes mains gras
sur le bord de la route
je t’ai aimé avec ma Ford
ton corps a libéré des os
plus que je n’en pus baiser
si tu peux, fais tourner ton épée
dans mon ventre

où irais-je ?

ma guerre est finie

Fallacieux dévergondages

fallacieux dévergondages de rires
d’autres possibilités oubliées
d’échanges pudiques de regards pires
de chairs et de morts à jamais liées

entre nous se dilate un hasard triste
tous les reniements d’un art immobile
entre nos corps un dur émoi persiste
deviné redessiné sans mobile

tout se penche et mes soupirs embrasés
reformulent les mêmes lois anciennes
annulant leur propres airs écrasés
en pluies parfumées – lèvres circassiennes

sous certains lierres de mon enfance
s’éteignent de gracieux livres de pierre
encore hantés d’une ultime espérance
que mon silence à jamais va défaire

Il n'a pas convenu d'honorer

il n’a pas convenu d’honorer
en ce lac les enfants morts deux fois
le corps de leur mère qui lentement pourrit
sera leur seule croix
par la volonté du patriarche

deux fois arbitrairement pris
dans le souffle puant de la folie des hommes
celle qui hurle – facile à reconnaître
celle qui se tait – et croit avoir raison
leur mère qui se décompose sous mes yeux
– comme je la vengerai !

renversés par deux fois sans comprendre
hors de leur vie hors de leur mort
et sur ses deux épaules leur mère porte
ces deux fardeaux de leur mort et de leur oubli
– du patriarche et de sa volonté
je me vengerai

La gueuse

la gueuse,
agacée des derniers chemins pris par mégarde
par mes yeux mon esprit ou mon âme,
dériva sans mot dire
au courant de ma vigilance

jusqu’à ces pas brefs et glacés
qui peuplent à jamais mon enfance

la gueuse,
pétrie de mon refus de la voir ou entendre
ou sentir approcher dans le noir,
s’arma de souffles courts
(de poitrinaires lances)
pour s’emparer de mon enfance

des gracieuses torsades
des jours et nuits de ma vie et d’amour

La mie de pain

La mie de pain des yeux du rêve
creusée de larmes perle-lame
nourrit chaque jour mon chagrin.
Qu’importe encor le petit drame
           du réveil au matin ?

Tartiné de beurr’ triste, mon corps
brisé du néant admirable
de la vertu en quête d’or
rejette un pet minable
           puis se retourne et se rendort.

Le café froid — regarde-moi
avant que je m’en aille.
Si tu pouvais voir quel émoi
sommeille en ce crétin qui baille…
           Le café froid — embrasse-moi.

Le bus abuse du remord
que j’ai d’encor te laisser seule
pour slalomer entre les morts
— et toi sous ton linceul
           paisiblement tu te rendors.

La bureau nique-sa-mère bureau
termine d’achever la fin
des rayons de mon œil en trop ;
et seul subsiste le parfum
     demain des yeux du rêve.

Les liens ensorcelés

« et pâle pet de pétale » Ghérasim Luca

paroles d’hier
fondues de copeaux de sommeil et de rêve
absentées d’orgasmes encore
inutiles et rapides dans la nuit
pleine et volubile emplie
d’espoirs de chair
oubliées
les répétitions vides de sens
mon sang s’écoule à la coupe de ton sexe
lune où je plonge
tu ne m’as même pas regardé
occupée à courir après l’or
moi le porteur de ton immortalité
l’invincible serment de silence
serment ou lance à ton flanc
invisible baquet de semence
toi très belle brûlure à mon ventre

Les liqueurs absentes

noires, mornes et criantes
comme le prix d’une mort souriante
affublées d’âtres antiques
nulle émeraude rare au front
d’éternelle jeunesse ou fondement d’oubli
de vice
ensevelissement d’âmes innocentes
amies oubliées de noms rares

pluriels d’origine
les murs à jamais opposés
chantant de ryhtmes insoupçonnés
désolante muraille

inutilité de mon ordre
futile lacune d’art
ton aiguille aujourd’hui couchée
dans la boue de mes marais saoulés d’ombres
d’absences assonnantes

plis
murmures étincelants d’ignorance
grondements intimes
main qui n’est pas oubliée
aragnes de pensée

je parlerai toujours de toi
touchée du doigt d’orgasme et de mort
la même matinée d’enfance
tu meurs emplie d’espérance
jamais au-delà de l’orage
ta bouche éloignée prévoyante
armée d’un rideau de feuilles tombantes
d’organes tristes illuminés
ornée de pleurs acharnés
de nuits tsiganes

oubliées

Un premier fond

un premier fond d’harmonie substantive se dessine au cœur des silences passés enrubannés d’espoir d’ardentes renaissances – c’est une danse perpétuelle en mon esprit qui se refuse, s’a-muse se reforme de nouvelles corolles d’opale – du premier corps attendu par mes mains jusqu’à la mort cent fois étreinte jamais dans l’air ébréché de murmures ne naît la nuit plus pure qu’en ton sein éternelle amante qui t’endors