Nom de Je
Après tout, l’autre langage te ressemble —
celui des épiciers et mathématiciens.
Le mien, tu peux l’expliquer, pas le produire :
seul “Je” le peut. Le leur, tu peux
le reproduire infiniment, pas le croire.
Et s’il n’existait pas de “Je” ?
“Je” est une limite appliquée à l’amour.
Le corps est temple s’érigeant de terre à ciel,
l’esprit prêtre, à son meilleur lorsqu’il se tait
(prend soin du temple en silence et emploie,
pour communier, des paroles apprises par coeur
(l’écriture est un plaisir solitaire)),
et tous les vents du monde y circuleraient
sans les portes du Je.
“Tu” est un premier pas.
Vénération de l’Une NuE.
Mais il faut les pronoms dépasser.
Les pronoms remplacent les noms
par des fonctions grammaticales de forme générique :
c’est le début des mathématiques et de l’effacement
du nom des choses par les opérations qui l’affectent.
Trois poules qui pondent cinq oeufs,
c’est 5 / 3 = 1,66666667 oeuf par poule.
Trois soldats qui égorgent cinq enfants,
c’est deux soldats qui égorgent deux enfants chacun
et un soldat qui égorge un seul enfant.
“Je t’aime !”, c’est “M’aimes-tu ?”
Je vous la ferai plus complète un jour,
cette grammaire fictionnelle, mais
vous conseille, en attendant,
de vous épargner les pronoms de personne.
16/12/2025